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  • Passionné de la sécurité privée - Titulaire de la licence professionnelle "Sécurité des biens et des personnes option management" à l'Université Paris Descartes / SSIAP 1 à 3 / BP ATPS et CAP APS
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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 12:30

Si l’Euro s’annonce comme un défi majeur, il l’est en premier lieu pour les opérateurs de sécurité privée. Durant le mois de compétition (10 juin-10 juillet), 13 000 agents seront directement impliqués dans la sécurisation de l’événement aux côtés des 77 000 policiers et gendarmes mobilisés. Une première d’envergure pour le concept en vogue de «coproduction de sécurité» entre la Place Beauvau et les sociétés privées, «à un moment où la profession n’a jamais été autant sollicitée», souligne Alain Bauer, le président du Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps). Les attentats de 2015 ont en effet érigé - malgré une réputation longtemps trouble - les légions de «gros bras» en «vigies nationales» (lire Libération du 8 janvier), forçant le milieu à accélérer sa moralisation et sa professionnalisation. Avec une soixantaine d’entreprises sous contrat pour l’occasion, l’Euro apparaît comme un test de maturité pour l’ensemble du secteur. «On en a parfaitement conscience, acquiesce Olivier Duran, porte-parole du Syndicat national des entreprises de sécurité (Snes). Presque 10 % de la branche sera sur la brèche, dans un contexte difficile. Mais ça reste une opération ponctuelle, préparée de longue date avec de nombreuses réunions depuis un an et demi. Il n’y aura pas d’amateurisme.»

La rhétorique est déjà sur la défensive : le fiasco sécuritaire de la finale de la Coupe de France entre le Paris-SG et l’Olympique de Marseille, le 21 mai, a été largement commenté voire instrumentalisé, quand bien même le match était organisé par la Fédération française de football et non l’UEFA, comme ce sera le cas pour l’Euro. Départs de feu dans les tribunes, fumigènes, tuyaux en PVC et bouteilles en verre introduits à l’intérieur du Stade de France, malgré les queues monstres causées par les fouilles à l’entrée, congestion et mouvement de foule inquiétants aux portes de l’enceinte, le raté fut total. Et inquiétant, avec pas moins d’une trentaine d’interpellations… De quoi susciter l’ire de l’Intérieur et forcer Bernard Cazeneuve à un recadrage brutal dès le lendemain, le ministre promettant de «fiabiliser les contrôles de sécurité par les sociétés privées» d’ici l’Euro. Mais pour Olivier Duran, la mise en cause est un tantinet rapide : «C’est facile de tirer à chaque fois sur la sécurité privée… On nous voit trop souvent comme de la chair à canon, un maillon epsilonesque mais toujours responsable au final.» Alain Bauer renchérit : «On s’est fait peur en testant un dispositif sans demander aux praticiens leur avis. Espérons que des leçons en ont été tirées.»

Mini-villages

Toutefois, ce n’est pas tant la sécurisation des stades, confiée au personnel aguerri de l’UEFA, qui fait débat, mais celle des fan-zones, ces grands rassemblements festifs en accès libre et gratuit de dizaines de milliers de supporteurs organisés dans chaque ville hôte - et dont la sécurité interne incombe entièrement aux sociétés privées. Sept millions de spectateurs sont attendus dans ces périmètres clos à la charge des collectivités territoriales. Présents dans le cahier des charges de l’UEFA depuis l’Euro 2008 en Suisse et en Autriche, ces mini-villages dédiés à la compétition et à ses nombreux sponsors focalisent les discours anxiogènes. Et plus particulièrement la fan-zone parisienne, sur le Champ-de-Mars, au pied de la tour Eiffel, où se masseront les jours de match 90 000 personnes devant «le plus grand écran géant jamais conçu», comme s’en gargarise la mairie de Paris. Le tout avec débits de boisson… Pour les autorités et syndicats de police, les fan-zones évitent la dispersion des fans de foot et la multiplication des attroupements. Elles permettent ainsi de circonscrire la menace : une approche «pragmatique», a estimé Bernard Cazeneuve dans l’Equipe jeudi, et plus sûre que la «simple mise en œuvre d’un écran géant sur une place publique». De surcroît, le paquet sera mis aux abords des fan-zones : les préfectures s’apprêtent à mobiliser un nombre conséquent d’unités de forces mobiles et d’élite. Pour les partisans de leur suppression, de Nicolas Sarkozy à Marine Le Pen en passant par Frédéric Péchenard, l’ancien directeur général de la police reconverti en politique chez Les Républicains, les fan-zones constituent à l’inverse une cible symbolique à même de surmotiver les terroristes. «Un objectif apporté sur un plateau à Daech», n’a pas hésité à asséner le député LR David Douillet sur Europe 1.

Si la droite a beau jeu de surjouer l’inquiétude sur un air de «je vous aurai prévenus» en cas de tragédie future, et ce à une semaine du début de la compétition, le doute autour du bien-fondé de ces zones n’est pas nouveau. Après les attentats du 13 Novembre, les édiles de Toulouse et de Saint-Etienne avaient fait part de leurs réserves, tout comme le Cnaps, l’instance de régulation des opérateurs de sécurité, qui recommandait alors «fermement» leur suppression faute de moyens alloués. Depuis, l’enveloppe consacrée à leur sécurisation a été doublée, passant fin avril de 12 à 24 millions d’euros. «Les principales boîtes de sécurité ont refusé les contrats fan-zone en les jugeant trop difficiles…» assure néanmoins le maire (LR) du XVe arrondissement, Philippe Goujon, pourfendeur de longue date des fan-zones et dont l’arrondissement est riverain du Champ-de-Mars. Difficile à vérifier, mais force est de constater que Securitas, numéro 1 de la sécurité privée en France, confirme avoir bien remporté «certains marchés» dans le cadre de l’Euro 2016, mais n’assurera pas la sécurité des fan-zones…

Le dispositif matériel, détaillé par l’Intérieur mercredi, ne fait pas débat : sas, palpations, filtration, contrôles magnétiques, équipe cynophile, interdiction des gros sacs et des valises à l’intérieur de la zone… Le casse-tête se situe plutôt du côté de «l’humain» : les opérateurs privés ont-ils réussi à recruter tous les agents nécessaires, et notamment un nombre suffisant de femmes pour assurer les palpations sur le public féminin ? «Certaines villes ont pris beaucoup de retard, il y a encore des inquiétudes sur le fait de savoir si les effectifs existent bel et bien, concède Alain Bauer. La profession est à 110 % de ses capacités : on rappelle des gens qui étaient à la retraite, on multiplie les heures supplémentaires, mais la vérité, c’est qu’on n’a plus d’agents en stock.»

Selon un bon connaisseur du milieu, certaines sociétés ont même raclé les fonds de tiroir du côté du Bénélux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) afin d’engager ce qu’il restait de francophones disponibles. Le constat rappelle un embarrassant précédent : lors des Jeux olympiques de 2012 à Londres, faute d’agents formés à temps et dans de bonnes conditions (le Guardian avait révélé qu’afin de remplir les quotas, les candidats étaient autorisés à «tricher» lors de l’examen de détection de bombes), 3 500 soldats avaient été déployés à la dernière minute pour palier les manques des sociétés privées.

Stratégie de conquête

Afin de renforcer les effectifs en vue de l’Euro, une habilitation express donnant accès à la carte professionnelle d’agent privé a été validée par l’Intérieur fin 2015. Une formation plus courte que le diplôme classique, au point que le Snes affirme avoir dû réclamer qu’un module de réaction aux actes terroristes soit ajouté. «Ça a traîné, les formations ont commencé tardivement, fin mars», appuie Duran. Une part des agents sera donc très fraîchement formée. Pour un policier haut placé, cette dramatisation excessive a cependant tout de la stratégie de conquête : «Je pense que les sociétés ouvrent le parapluie pour se couvrir si un drame devait survenir. D’autre part, nombreux sont ceux qui militent dans la profession pour la libéralisation du port d’arme notamment. Dire avec autant d’outrance que la digue est sur le point de craquer, c’est mettre la pression sur le législateur pour qu’il assouplisse encore plus les textes.» Il n’en demeure pas moins que les quotas ont été calculés de façon plutôt modeste. 400 agents assureront la sécurité des 90 000 supporteurs de la fan-zone parisienne, alors que les professionnels considèrent que la norme se situe autour d’un agent pour 100 personnes, soit le ratio appliqué en Pologne lors de l’Euro 2012.

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Publié par 83-629 - dans Revue de Presse
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commentaires

MARCEL 06/06/2016 20:15

qui sont-ils les fans-zones? je dirais peut-être un outil régulateur qui se cherche dans le tourbillon de la foule, simple question d'organisation. MARCEL

oli 31/05/2016 15:22

bonjours aux vues des circonstances particulières n aurait il pas été plus astucieux de multiplier les fans zones dans le pays tout en diminuant le nombre d entrées par sites cela aurait permis a tous les français d en profiter et diminuer les risques ??????

christopheB 31/05/2016 14:01

une question: le supporter qui vas dans une fan-zone, seras palper, mais si il sort, et re-entre plusieurs fois, pour X raison, il seras re-palper ( et il accepteras après quelques verres )?
même chose pour les gosses, ils seront palper?
franchement j'espére que ça passeras bien, c'est l'honneur de la profession qui est en Jeux!