En tant que membre de la sécurité, où étiez-vous lors de l’attaque ?

J’étais dans la salle de concert, devant la scène, dans la fosse, entre le public et les artistes. A une vingtaine de mètres de l’issue de secours. Au moment des premiers coups de feu, je pensais que ça faisait partie du concert. Je cherchais d’où ça venait. J’ai compris quand j’ai vu les étincelles des armes à feu. Les lumières se sont allumées. J’ai vu les personnes tomber une par une. A partir de là, avec mon collègue, on s’est dirigés vers l’issue de secours. Et on a indiqué aux personnes de sortir. On a hurlé tant qu’on a pu. Mais quand ils ont compris qu’on faisait évacuer les personnes, ils ont ouvert le feu vers nous. Les portes étant en métal, il y a eu des impacts de balles à côté de nous. On a été obligés de lâcher les portes. A partir de là, j’ai remonté la rue. On a croisé une brigade. Tout s’est enchaîné.

Avec le recul, comment analysez-vous cette situation. Vous avez eu la meilleure réaction ?

Je pense avoir fait le maximum. Tous mes collègues d’ailleurs. Mais c’est clair qu’on pense aussi aux victimes restées à l’intérieur. Dans un coin de ma tête, il reste le fait que tout le monde n’a pas pu sortir.

Le film de la soirée est encore très précis, tout semble clair dans votre esprit…

Je n’ai pas de mal à en parler. J’analyse très clairement la situation. Ce sont juste des images, des cauchemars qui reviennent. Je combats ça comme je peux, avec mon entourage. Mais tout a toujours été très clair. Je n‘ai pas de blocages ou de trous noirs.

Ressentez-vous de la culpabilité ?

Parfois oui. Dans le milieu de la nuit, des fusillades, des braquages, j’en ai déjà vu. Mais ce qu’il s’est passé ce soir-là, ça n’avait rien à voir. C’était autre chose. C’était un abattoir. Le plus difficile pour moi, c’est de ne pas avoir pu contrôler ça. De ne pas avoir géré. On a ouvert les portes et on ne pouvait pas faire plus. C’est difficile à vivre. Je sais que je ne pouvais pas faire plus mais je ne peux m’empêcher de penser aux personnes qui sont restées.

Vous auriez aimé être armé ce soir-là ?

Oui… J’espère que j’aurais pu tirer. Mais ce que je retiens de ça, c’est qu’on ne connaît jamais vraiment personne. Dans l’hystérie, la peur collective, des amis se bousculaient, des maris se séparaient de leur femme. On ne sait pas comment on réagit, hormis si on est entraîné et confronté à ça tous les jours. Mais ce n’est pas mon cas. Avec une arme, peut-être que j’aurais tiré, peut-être que je l’aurais jetée et j’aurais couru.

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