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  • Passionné de la sécurité privée - Titulaire de la licence professionnelle "Sécurité des biens et des personnes option management" à l'Université Paris Descartes / SSIAP 1 à 3 / BP ATPS et CAP APS
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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 07:00

PAR LOUISE FESSARD

 

http://socialisteachasseneuil.blogspot.fr/2012/08/les-sales-methodes-du-gpis-charge-de.html

 

 

 

Ils effectuent des rondes la nuit dans les arrondissements parisiens les plus difficiles, seront bientôt dotés de tonfas et d'aérosols, portent gilet pare-balle, treillis bleu marine et chaussures montantes, ainsi qu'à l'occasion boucliers de défense et menottes. Mais à la différence des policiers avec lesquels ils patrouillent parfois, leurs uniformes sont siglés GPIS (Groupement parisien interbailleurs de surveillance) et ils ne disposent pas (encore ?) des mêmes prérogatives.

Agents du GPIS en grève, le 25 juin 2012, à Paris Agents du GPIS en grève, le 25 juin 2012, à Paris  
Mediapart s’était intéressé au GPIS après un incident entre des jeunes parisiens et des agents, en mai 2012, un agent présent ayant dénoncé un bidonnage du GPIS destiné à faire croire à un guet-apens.
Pas des fonctionnaires de police donc, mais pas tout à fait de simples vigiles de la sécurité privée non plus. Dirigé depuis janvier 2011 par Jean-Paul Bénas, un commissaire divisionnaire retraité, le GPIS est une structure sans but lucratif. Elle est née en 2004 de la volonté de plusieurs bailleurs sociaux parisiens de mutualiser leurs services de prévention et de surveillance de leur patrimoine HLM. Ce groupement d'intérêt économique (GIE) compte aujourd'hui quelque 200 salariés, dont 150 sur le terrain, qui assurent, de 19 heures à 5 heures du matin, la surveillance des parties communes des HLM de dix arrondissements parisiens (76 817 logements précisément en 2012).
Le budget, passé de 8 millions d'euros en 2005 à 12 millions d'euros en 2012, est pour moitié financé par la Ville de Paris, qui verse 5,9 millions d'euros de subventions chaque année aux bailleurs concernés. Une contribution particulièrement généreuse, si l'on en croit les conclusions d'un audit interne que Mediapart s'est procuré.« Si d'autres collectivités territoriales en France financent également des dispositifs mutualistes dans le champ de la tranquillité résidentielle, aucune ne le fait au même niveau que la Ville de Paris, note le cabinet Icade Suretis, dans ce rapport de synthèse de mars 2011. 
 En cela l'expérience du GPIS est unique. »
Apprécié par les associations de locataires et les élus parisiens, le GPIS est scruté avec intérêt par ceux de la couronne parisienne et du reste de la France. Mais, en interne, l'ambiance est tout autre. Sous couvert d'anonymat, quelques salariés et ex-salariés dénoncent de graves dérives managériales et s'inquiètent d'un glissement de leurs missions. C'est le cas de ce chef de patrouille, furieux de la façon dont sa direction a présenté, à tort selon lui, comme un guet-apens un affrontement en mai 2012 entre des jeunes du XXearrondissement et des agents du GPIS. 
« Le GPIS a l'art et la manière de camoufler les choses, remarque-t-il. Les locataires sont contents, car nous avons une bonne image, mais tout est basé sur l'image. Dès qu'il y a un incident, la direction est au pied de la mairie de Paris et de Paris Habitat avec un dossier, comme quoi la violence a augmenté, qu’il faut plus d’argent, qu’il faut nous armer, etc. Mais ce sont eux (la direction) qui provoquent en nous envoyant en sureffectifs ou en sous-effectifs sur des zones où nous risquons de nous casser la gueule. » Enquête.
  « Quand il y a un blessé en face, il en faut deux chez nous »
À en croire la presse et les déclarations de certains élus parisiens (ici, et encore ), une centaine d’agents du GPIS seraient blessés chaque année. Un chiffre très exagéré. Selon le GPIS lui-même, depuis 2004, 269 agents ont été blessés, avec plus d'un jour d'interruption temporaire de travail (ITT), soit « seulement » une trentaine par an (entre 28 et 42 agents selon les années). Barres de fer, couteaux, tirs de mortiers, machine à laver, boules de pétanque, etc., l'accueil n'est pas toujours tendre dans les cités parisiennes, où les agents dérangent parfois des trafics de stupéfiants. 
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Mais plusieurs agents du GPIS évoquent également des chiffres de blessures gonflés et des bidonnages pour faire tenir les procédures, comme dans le cas de l'affrontement à Saint-Blaise, dans le XXe arrondissement de Paris, déjà raconté par Mediapart. « On nous dit :“Quand il y a un blessé en face, il en faut deux chez nous”, explique le chef de patrouille déjà cité. Quand le mec en face est vraiment touché, ça a plus d'impact si vous arrivez aussi avec une interruption temporaire de travail au tribunal. Nous avons de vrais blessés, mais ça arrive que des gens se mettent un coup ou se fassent des griffures au visage. Pareil, les voitures ont toutes des bosses et des traces. On va les comptabiliser plusieurs fois, même s'il n'y a eu qu'un incident. Les dégâts humains et matériels pèsent lourd devant les juges, surtout face à un lascar qui a déjà des antécédents judiciaires. »
Le système arrangerait tout le monde. « La direction a besoin de blessés pour faire des stats et avoir son budget, et nous, ça nous fait des vacances et des dommages et intérêts », explique-t-il. 
« Les Charlie (contrôleurs – ndlr) nous demandent de mentir, affirme de son côté un employé de la société de sécurité privée Cave Canem, qui a travaillé pendant plusieurs années en sous-traitance pour le GPIS.  Dès qu'il y a une altercation, physique ou verbale, les contrôleurs Charlie débarquent et nous disent : “ils n'étaient pas six, mais dix en face”, que ce sont eux qui ont commencé, etc. Moi, j'ai bidonné, comme tout le monde. Les blessés servent aussi à augmenter les statistiques. Imaginons que quelqu'un se torde la cheville, on va appeler, faire un code rouge(pour signaler un agent blessé – ndlr), tout de suite il faut absolument porter plainte. Ils nous ont appris à être procéduriers. »

Le GPIS est un très bon client du tribunal de grande instance de Paris. Presque toujours à son initiative. Ses agents sont en effet très rarement mis en cause (seulement deux procédures judiciaires en huit ans). La synthèse du rapport d'audit loue d'ailleurs la « rigueur de (leur) comportement, l’absence de dérapages malgré des situations de tension et malgré des prises à partie souvent suivies de blessures ». En revanche, le GPIS et ses agents sont à l'origine de 557 procédures depuis 2004, dont 403 pour atteinte aux personnes et 154 pour atteinte aux biens. Afin de faciliter le traitement judiciaire des atteintes sur les agents du GPIS, le parquet de Paris a pris pour habitude de leur reconnaître le statut d'« agent concourant à une mission de service public ».
« En cas d'incident, il y a un débriefing où nous préparons le procès-verbal avec les chefs de groupe, détaille le chef de patrouille déjà cité. Ils appellent ça une “prise en charge de la procédure”. Nous écoutons ce qui s'est passé, puis ils nous disent : “Dites la vérité.” Que vous soyez en tort ou non, on vous dit quoi dire. Le tout est de savoir diriger l'officier de police judiciaire (OPJ) vers des éléments à notre avantage. Nous avons une formation juridique pour ça. En face, le gars en garde à vue veut utiliser ses mots à lui. Systématiquement, il perd. En arrivant au commissariat, nous serons toujours avantagés par le policier. C'est normal, nous travaillons ensemble, ce sont des potes ! »
Selon l’audit interne d'Icade Suretis, 23 % des agents du GPIS ont été comptabilisés comme blessés en 2010, un chiffre bien supérieur à celui des policiers blessés la même année (6,5 %). Cette multiplication des arrêts maladie a un impact sur le service : « Alors que le nombre de patrouilles affectées aux rondes de surveillance est en théorie de 18 par vacation, (…) (il) n'a été que de 12,7 en 2010. Cette perte en ligne s'explique notamment par une augmentation des arrêts maladie, eux-mêmes liés, pour partie, au nombre de blessures en service. »
Procedure GPISProcédures engagées par le GPIS depuis 2004© GPIS
À l'évocation de débriefings avant les dépôts de plainte, Stéphane Dambrine, directeur de Paris Habitat et président du GPIS rencontré en juillet 2012, avait bondi. « Vous êtes en train de dire que les cadres du GPIS commettraient un délit pénal de subornation de témoin ? répond-il. Pouvez-vous imaginer un seul instant que dans un groupement entre des bailleurs publics indépendants de la Ville de Paris, on s'amuse à demander aux agents de faire des faux témoignages ? »
Quant aux blessures de complaisance dénoncées par plusieurs agents, Didier Desous, le directeur opérationnel du GPIS, rappelle que les blessures sont obligatoirement constatées aux urgences médico-judiciaires (UMJ) de l'Hôtel-Dieu. « Les UMJ délivrent les interruptions temporaires de travail (ITT) vraiment au compte-goutte, précise-t-il. Il est déjà arrivé qu'un agent qui se déclare blessé ait zéro ITT, ne soit pas considéré juridiquement comme blessé et donc pas comptabilisé. »
Mais, selon Pascal Michou, un ancien agent en conflit avec son ex-direction à la suite de son licenciement, en janvier 2011, les UMJ ne seraient pas trop regardantes avec les agents en uniforme. « Vous arrivez de nuit en tenue bleue marine aux UMJ, illustre-t-il. Vous dites, “Nous venons d'interpeller un dealer, il m'a tapé là et là”. Les internes sont débordés et ne vont pas chercher à aller plus loin.“Tu as mal où ? À la tête ?” Et hop, “traumatisme crânien” ! Ils signent tout. »
Des propos confirmés à demi-mot par un ancien cadre du GPIS.« Si nous voulons être crédibles, il faut mettre le paquet quand il y a un vrai problème dans un quartier difficile, pas pour les entorses du petit doigt, met en garde ce professionnel de la sécurité. La déviance du système est de faire croire qu’on s’est blessé en service ou de gonfler la blessure pour avoir un dédommagement adapté. À mon époque, nous avions mis en place des garde-fous, comme la formation et l’éthique. »
 « Maintenant, je devrais faire du maintien de l'ordre avec des boucliers ? »
Chaque nuit, ce sont une centaine d'agents du GPIS qui patrouillent à bord d'une trentaine de véhicules, « soit plus d’équipages que ceux de la police nationale sur ces mêmes zones », avait estimé Gilles Viguier, l'ancien directeur du GPIS, lui-même ancien policier, en juin 2010, dans un entretien à l'agence AISG. C'est-à-dire qu'après cinq ans de réduction des effectifs de police, les habitants de la plupart des HLM parisiennes ont plus de chance d'avoir affaire à ces agents de sécurité privée qu'à un fonctionnaire de police.
Opération conjointe Police/GPIS (capture d'écran d'un article du Figaro).Opération conjointe Police/GPIS (capture d'écran d'un article du Figaro).
L'évolution n'est pas récente. Dès 1995, la loi Pasqua (renforcée depuis par la loi sur la sécurité quotidienne de novembre 2001) instituait une obligation de surveillance et de gardiennage à la charge des propriétaires et gestionnaires d'immeubles. Mais elle prévoyait également que les forces de l'ordre puissent intervenir, à la demande des bailleurs, dans les parties communes des immeubles d'habitation.
« Cela fait longtemps que les effectifs de la police ne leur permettent plus d'effectuer ce genre de missions, regrette Stéphane Dambrine, directeur de Paris Habitat et président du GPIS. Dans un monde idéal, si la police remplissait ces missions, cela me permettrait, en tant que bailleur, d'économiser plusieurs millions d'euros et de les affecter à l'entretien de mes immeubles, ou autre. » D'autant, ajoute-t-il, que l'occupation des halls étantdevenue un délit (depuis la loi sur la sécurité intérieure de mars 2003), « il serait assez logique que la police (le) réprimande ». Face à cette privatisation croissante de la sécurité résidentielle, la formule du GPIS lui parait donc « la moins mauvaise, dans la mesure où elle passe par un groupement public, totalement dirigé par les bailleurs ».
À Paris, c’était une société de surveillance, Nord sécurité Service (N2S), qui assurait cette tâche avant le GPIS, en vertu d’un contrat signé en 1988 avec la Ville. « Nous mettions plein d'argent (11 millions d'euros – ndlr) dans une société sans aucune visibilité, avec du copinage et de l'achat de paix sociale, explique Myriam El Khomri, l'adjointe au maire de Paris chargée de la prévention et de la sécurité, nommée en 2011. Le GPIS est un vrai apport pour nous. Avoir une seule personne référente, au lieu de plusieurs sociétés privées, est plus simple. »
« Le GPIS était une excellente idée, novatrice, mais qui arrive à ses limites, estime de son côté un ancien cadre. L’objectif était d'être plutôt dans la prévention que la coercition. Et non de remplacer les services de police, ce qui est un peu l'orientation actuelle. » Selon le code de la sécurité intérieure, les missions sont claires : le GPIS ne peut intervenir que sur les parties locatives, la police est reine sur la voie publique. Mais comme le reconnaît Stéphane Dambrine, « par définition quand vous êtes dans une ville, la frontière entre parties privatives et voie publique est quand même assez ténue ».
Quant aux uniformes bleu marine du GPIS, ils semblent directement inspirés de ceux des policiers, alors que la loi prévoitque « la tenue et la carte professionnelle (…) ne doivent entraîner aucune confusion avec celles des autres agents des services publics, notamment des services de police ». « De loin, ce sont les mêmes », reconnaît un chef de patrouille. « Ils ont des sigles devant, derrière, sur le côté, proteste Didier Desous. Nous respectons la législation à la lettre en terme de nombre de différenciations. (…) Ce sont des tenues d'intervention, je ne peux pas les mettre en costume, ni en tutu. »
La loi autorise par ailleurs les agents du GPIS, comme n'importe quel citoyen, à « appréhender » une personne prise en flagrant délit et à la remettre à un officier de police judiciaire (en cas de crime ou de délit puni de plus d'un an d'emprisonnement). En 2011, 38 personnes ont ainsi été interpellées après des opérations conjointes avec la police, et 39 par le GPIS seul.
Interpellations GPISNombre d'interpellations et de secours réalisés par les agents du GPIS depuis 2004.© GPIS
Depuis octobre 2011, les opérations conjointes police-GPIS, désormais deux par soir, se sont en effet multipliées. Un échange gagnant-gagnant, comme l'expliquait un commissaire parisien, interrogé par Le Figaro : « Les gars du GPIS n'étant pas armés, nous pouvons intervenir en quelques secondes pour les soutenir lorsqu'ils sont pris à partie. De leur côté, ils possèdent les codes d'accès ou les passes des bâtiments, c'est très précieux. » Ces renforts arrangent bien la Préfecture de police de Paris, qui a perdu 400 postes en deux ans (sur 6 400 à Paris intramuros).« Dans le XXe arrondissement, quand nous faisons une opération conjointe, les policiers ont une ou deux voitures disponibles, nous nous en avons quatre toutes neuves », s'amuse un agent du GPIS.
Mais, pour les agents qui doivent retourner sur le terrain 365 jours par an, l’impact de ces sorties en commun n’est pas évident. « Le jour où nous n'intervenons plus avec (les policiers), c'est très compliqué car nous sommes identifiés police », explique un agent. Ces opérations « ont été utiles un temps, mais elles ont peut-être complètement brouillé les pistes et tendu les choses par rapport au GPIS », reconnaît de son côté Myriam El Khomri*.
Pour ajouter à la confusion, un décret du 21 décembre 2011 signé par l’ancien ministre de l’intérieur Claude Guéant, et taillé sur mesure pour le GPIS, a autorisé les agents de surveillance d'immeubles collectifs d'habitation à se munir de bâtons de défense de type tonfa et de gaz lacrymogènes, sous réserve de formation. C'est la première fois en France que des agents privés auront accès à ces armes, jusqu'ici monopoles des services d'ordre de l'État, des agents assermentés de la surveillance générale SNCF, ainsi que de la sûreté RATP.
De simples moyens de défense et non pas de l'armement coercitif, selon la direction du GPIS, qui affirme que cet armement répond à une demande des agents. « Il ne faut pas se leurrer, le rêve de nos agents aurait été d'être policiers », souligne un ancien dirigeant du GPIS. Mais parmi la vingtaine de salariés en grève rencontrés en juin 2012, les avis étaient partagés.
 Certains, comme ce chef de patrouille déjà cité, pointent une privatisation rampante de tâches jusqu'ici assurées par les forces de l'ordre. « Le 14 juillet 2011, on nous avait mis en ligne avec les boucliers devant les lascars, raconte-t-il. Nous nous étions pris des mortiers, des feux d'artifices, des cailloux. Moi, j'ai signé un contrat en tant qu'agent de surveillance, maintenant je devrais faire du maintien de l'ordre avec des boucliers ? » Là encore, rien que de banal pour la direction du GPIS. « Ce que vous appelez maintien de l'ordre, ce sont des opérations où nous devons protéger l'intervention des pompiers », répond Didier Desous.« Cela nous arrive d'ailleurs d'être réquisitionnés par le préfet de police, quand il y a un gros accident de circulation, pour effectivement assurer la sécurité », complète Stéphane Lambrine. Mais, depuis quand un service de gardiennage des HLM est-il censé sécuriser les interventions des secours sur la voie publique ?
  « C'est un peu sous régime militaire, ici »
Ces changements d’orientation ont provoqué une véritable guerre des chefs au sein du GPIS. En octobre 2010, le directeur Gilles Viguier en désaccord avec la volonté du président du GPIS, Pierre-René Lemas, aujourd'hui secrétaire général de l'Élysée, de recentrer la structure sur des fonctions de gardiennage classiques, a préféré claqué la porte. Il sera suivi par quatre autres cadres (le directeur administratif et financier, ainsi que les trois salariés de la cellule prospective et analyse).
Ces derniers tirent aujourd'hui à boulets rouges sur le seul cadre de l’époque resté en poste, le directeur opérationnel Didier Desous, un ancien militaire, dont ils souhaitaient le départ. Toujours sous couvert d'anonymat, trois anciens responsables évoquent un« management par le stress », voire carrément « une dictature ».« Ce n'était plus possible de travailler sainement, explique l'un. Il fallait prêter serment d'allégeance. Les évolutions ne se faisaient pas au mérite, mais en fonction de la fidélité à M. Desous. »
L'épisode a provoqué une ambiance si délétère, qu'en octobre 2010, un délégué syndical CFTC-Sneps mettait en garde la direction dans un courriel : « De nombreuses personnes ont été manipulées, exploitées et dénigrées afin d’assouvir les projets de certains. (…)Vous jouez avec la santé mentale de vos cadres, agents de maîtrise et agents d’exploitation. Doit-on en arriver au drame de chez France Télécom ? »
« Le GPIS est devenu une entreprise de sécurité lambda, alors que sa vocation première était d'être au service des bailleurs, regrette un ancien dirigeant. Nous avions privilégié la déontologie et la formation, passée de 70 heures à 140 heures, pour être plutôt dans la prévention que la coercition. Ainsi que l'analyse et la prospection, la vidéosurveillance, et la surveillance des parkings des bailleurs (à l'époque très peu utilisés – ndlr), car nous considérions que c'était un service que nous devions aux locataires. Mais tout cela coûte cher et le président du GPIS a préféré un recentrage sur l'opérationnel et les missions de base. »
Contacté en juin, Pierre-René Lemas ne nous a pas répondu. Stéphane Dambrine, son successeur à la tête du GPIS depuis janvier 2012, renvoie, lui, vers l'audit de 2011. Il avait, selon lui, révélé « un certain nombre de dysfonctionnements graves », qui avaient conduit Pierre-René Lemas à se séparer de l’ensemble des cadres, à l'exception de Didier Desous. Mais pour l'ancienne direction, l'audit, « orienté », n'a été qu'un prétexte pour les débarquer.
Au sein du GPIS la parole est difficile, les agents craignant pour leur poste, face à un directeur opérationnel capable de lancer en réunion qu'il veut « (se) payer un leader delta » ou « dégager » untel.« C'est un peu sous régime militaire, ici, confie un syndicaliste.C'est assez facile de virer quelqu'un, il suffit d'avoir plusieurs rapports avec des faux témoignages. » 
Pour avoir évoqué des « licenciements avec des motifs bidon» sur un forum de sécurité privé, un ancien agent, qui a travaillé pendant quatre ans en sous-traitance pour le GPIS, a eu la surprise d'être convoqué, en mai 2012, par la brigade de répression de la délinquance aux personnes, suite à une plainte pour diffamation de la direction du GPIS. « Je ne faisais que raconter la réalité : les licenciements abusifs avec des motifs bidons, les pressions, et un comportement malsain, explique cet ex-agent. Ça fonctionne au copinage. La direction demande aux contrôleurs de nous mettre la pression et de nous surveiller, créant un climat de crainte. »
« Ici, beaucoup de gens sont prêts à balancer (sur un collègue)pour obtenir un poste supérieur, affirme également un jeune homme de 23 ans, furieux de son récent licenciement, rencontré lors d'une grève éclair, en juin 2012. On m'a accusé d'avoir fait des appels de phare à une voiture de la BAC qui roulait à 10 kilomètres/heure à 2 heures du matin, mais elle était banalisée, je ne pouvais pas savoir. À partir du moment où on a un peu trop de répondant, ils seraient capables de vous virer juste parce que vous vous êtes arrêté pour commander à manger ! »
 « Ils font marcher les gens à la carotte : vous entrez comme simple agent, le but du jeu étant de devenir chef de patrouille, puis vous fermez votre gueule afin de passer chef de groupe, décrypte un chef de patrouille déjà cité. Les chefs de groupe sont les yeux et les oreilles de Didier Desous. Si on leur dit : “Tu me fais tomber untel”, ils vont faire une fausse attestation. » Licenciée pour faute grave en mai 2012, une ancienne chef de patrouille affirme ainsi avoir été victime de rivalités internes et de « faux rapports d'insubordination » de ses supérieurs directs.
Des accusations balayées par Stéphane Dambrine. « Dans toute entreprise, quand vous faites une promotion, vous faites un heureux et dix mécontents, répond-il. Les promotions se font sur des critères objectifs et ce n'est pas M. Desous qui nomme, mais le directeur, M. Bénas. » La direction du GPIS met en avant des conditions de travail et de rémunération nettement plus favorablesque dans les entreprises de sécurité privée, ainsi qu'un turnover annuel de 6,5 % ,« assez faible pour ce type de métier ». « Dans la branche sécurité privée, on avoisine plus les 10 % annuels, voire mensuels », remarque Didier Desous.
Du côté de la Ville de Paris, Myriam El Khomri assure n'avoir« jamais eu d'audience de salariés du GPIS pour se plaindre ».« J'ai fait pas mal de visites nocturnes avec les agents du GPIS, et notamment M. Desous, remarque-t-elle. Je n'entends que du bien de la direction du GPIS. Ils ont réglé beaucoup de choses, ont de bonnes relations avec les commissariats. Et la formation des agents est plus soutenue que dans les sociétés lambda. Beaucoup de villes regardent d'ailleurs pour reprendre ce modèle. »
Parmi les six salariés qui ont attaqué le GPIS devant les prud'hommes, Pascal Michou, un ancien militaire licencié en janvier 2011 pour faute grave, est sans doute le plus remonté contre son ancienne direction. Accusé d'avoir blessé au genou un agent, avec 10 jours d'ITT à la clef, et de dénigrement envers sa hiérarchie, poursuivi pour violences volontaires, il prétend avoir été victime d'un coup monté, l'agent étant déjà blessé quelques semaines auparavant. « Depuis le départ de l'ancienne direction, il n'y plus aucune collégialité dans les prises de décision, affirme-t-il, très amer. Pour eux, les agents ne valent rien. On en prend un pour le casser et faire un exemple afin d'effrayer les autres. »
Mais Stéphane Dambrine ne s'émeut pas outre mesure de ces six procédures en cours devant les prud'hommes, jugeant « assez rare de rencontrer des agents qui font l'objet d'une procédure de licenciement dans une entreprise, qui disent énormément de bien de leur employeur ».

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commentaires

lolo 25/10/2016 16:01

Le chef de poste principal (EY) qui est en poste actuellement, est encore plus manipulateur et malhonnête que l'ancienne chef de service. Ne faites pas confiance aux syndicats dans cette structure ni ailleurs dans le secteur de prévention et de la sécurité. Les syndicalistes qui dans cet article blâment la direction ont tous obtenu des promotions en devenant cadre.

Marco 29/09/2016 09:06

Il y a du vrai dans cet article, mais il y a aussi des choses fausses ou exagérées. Dans le lot des gens qui ont été virés et qui se plaignent du directeur opérationnel, il y avait certains éléments très perturbateurs.
Cependant, M. Desous a fait craquer tout ce qui n’était pas d'accord avec lui, c’était effectivement une dictature, du simple agent d’exploitation, aux agents de maitrise ou les cadres, les gens sont partis de gré ou souvent de force, certains ont bénéficié de la rupture conventionnelle, d'autres pas.

Ah bon ! c'est vrai ? 30/08/2016 19:29

À la "belle époque", il y avait UNE chef de poste principale qui était une véritable calamité. Mais pas calamity Jane, elle au moins avait du talent.

Non, notre chef de service n'avait aucune objectivité dans ses prises de positions et de décision.

Finalement, a force de manipulé et divisé les opérateurs ainsi que ses chefs de poste qu'elle détestait profondément pour ces derniers, elle a eu un retour de flamme et elle a fait imploser le service.

C’était peut-être volontaire, elle répondait peut-être à une consigne ! Allez savoir !

GPIS 17/01/2016 10:08

J'ai connu dans cette entreprise, discrimination, moquerie et racisme, direction arrogante, prétentieuse et méprisante !

Avis 16/11/2015 13:21

En réalité, le plus virulent des agents cités dans cet article parmi les agents licenciés était une personne qui a usé de harcèlement contre certains de ses collègues en dénigrant également systématiquement le Directeur Opérationnel avec des accusations sans fondement ni preuves, même si dans les deux camps ou clan de la Direction, il y avait des torts réels et que la guerre entre Directeur Général et Directeur Opérationnel a porté préjudice aux salariés.